A Venise, des paquebots de croisière très encombrants

Il aura fallu près de dix années de mobilisation, scandées d’annonces aussitôt suivies de piteux démentis, mais le résultat est là : à Venise, depuis le 1er août, les bateaux de croisière de plus de 25 000 tonnes n’ont plus le droit d’emprunter au ralenti le canal de la Giudecca pour passer devant la place Saint-Marc, offrant aux croisiéristes un point de vue unique au monde – et aux habitants de la ville l’impression désolante d’être frôlés par des monstres à l’effrayante démesure. Jusque-là, ce parcours pouvait être emprunté par des navires allant jusqu’à 110 000 tonnes.

Cette décision, maintes fois annoncée et autant de fois renvoyée à un hypothétique futur faute de solution de remplacement, a été prise par un simple décret du président du conseil italien, Mario Draghi, déclarant le canal de la Giudecca « monument national » – et fermant ainsi la porte aux recours et manœuvres dilatoires qui avaient été la caractéristique de cette affaire depuis l’origine.

Venise n’entend pas pour autant renoncer à une activité qui représente, selon les chiffres avancés par les partisans des grandi navi, pas moins de 5 000 emplois directs et indirects – une évaluation très exagérée selon les opposants à l’activité des croisiéristes. Il s’agit donc d’élaborer dans l’urgence un parcours de substitution.

Perturbation du trafic commercial

La solution qui a été envisagée pour l’avenir – celle d’emprunter sur 15 kilomètres le « canal des pétroliers » partant de la passe de Malamocco, puis de faire débarquer les passagers dans une nouvelle zone portuaire installée à Marghera, dans un site industriel en pleine phase de requalification, comporte de grosses incertitudes.

Pour Armando Danella, ancien responsable de la « loi spéciale pour la sauvegarde de la lagune » auprès de la commune de Venise, cette entreprise ne présente que des défauts. « Le projet implique de creuser encore et encore la lagune à proximité de Marghera, ce qui aura des effets très négatifs sur cet environnement très fragile. Au lieu de régler le problème de pollution, nous nous apprêtons à l’aggraver. Par ailleurs, les passages risquent de perturber le trafic des navires commerciaux, qui devront emprunter le même chemin et obéissent à de tout autres contraintes que le trafic de passagers. Personne n’y trouvera son compte », prédit-il.

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A compter de 2022, des lieux de débarquement provisoires doivent être installés à porto Marghera, et le conseil régional de Vénétie vient de voter une résolution demandant à l’Etat d’alléger les contraintes réglementaires pour accélérer les travaux du nouveau complexe destiné à accueillir les navires de croisière, qui ne devrait pas voir le jour avant 2026.

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