Irak : le premier ministre sort indemne d’une tentative d’assassinat aux drones

Ses services parlent d’une « tentative d’assassinat ratée ». Le premier ministre irakien, Mustafa Al-Kadhimi, « n’a pas été blessé » lors d’une attaque commise dans la nuit du samedi 5 au dimanche 6 novembre qui a visé sa résidence dans la « zone verte » de Bagdad, a fait savoir son cabinet.

La tentative d’assassinat a été menée par « trois drones », a-t-on appris auprès de deux sources de sécurité. « Lancés d’un site proche du pont de la République », « deux drones ont été abattus » en vol par la garde rapprochée de M. Al-Kadhimi et le troisième a pu faire exploser sa charge contre la maison, blessant deux gardes du corps du premier ministre. Cette attaque n’a pas été revendiquée.

Peu de temps après cette annonce, M. Al-Kadhimi a écrit sur Twitter :

« Je vais bien, Dieu soit loué, et j’appelle au calme et à la retenue de la part de tous pour le bien de l’Irak. »

« Ma résidence a été la cible d’une agression lâche. Dieu soit loué, je vais bien, ainsi que ceux qui travaillent avec moi », a-t-il ensuite déclaré dans une courte vidéo où on le voit assis à un bureau, vêtu d’une chemise blanche. « Les lâches missiles et drones ne construisent pas les nations. »

Sur des photos diffusées par son cabinet, on pouvait voir des dégâts matériels : une porte en bois gisait, des gravats parsemaient le sol et des escaliers extérieurs étaient endommagés.

Plusieurs pays ont condamné l’attaque

L’influent leader chiite Moqtada Al-Sadr, dont le courant est arrivé en tête des élections, a évoqué une attaque « contre l’Irak et le peuple irakien ». Qaïs Al-Khazali, le chef d’Asaïb Ahl al-Haq, l’un des principaux groupes pro-Iran du Hachd Al-Chaabi, a condamné l’attaque et demandé que ses auteurs soient « traduits en justice ». De son côté, le président irakien, Barham Saleh, a dénoncé une « tentative de renversement de l’ordre constitutionnel ».

A l’étranger, plusieurs pays ont condamné l’attaque. Les Etats-Unis ont dénoncé un « acte apparent de terrorisme », disant avoir proposé leur aide dans l’enquête. La France a, elle, dénoncé « avec la plus grande fermeté » l’attaque, disant rejeter « toute forme de déstabilisation du pays, de violence et d’intimidation ».

L’Iran a appelé à la « vigilance pour déjouer les complots visant la sécurité » en Irak, dans une allusion claire aux Etats-Unis, dans un contexte de relations plus que tendues avec Téhéran.

La Ligue arabe, le Liban, la Syrie, le Qatar, les Emirats arabes unis et les voisins koweïtien, saoudien et jordanien ont également condamné l’attaque, tout comme la mission des Nations unies en Irak.

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A la suite de l’attaque, les forces de sécurité ont été déployées en nombre à l’intérieur de la « zone verte » et aux abords, selon une source sécuritaire. Les offensives sont récurrentes dans ce périmètre ultraprotégé situé en plein cœur de la capitale irakienne et elles ont souvent visé, par le passé, l’ambassade américaine. Le 31 octobre, trois roquettes sont tombées à Al-Mansour, un quartier mitoyen, sans faire de blessés.

Fortes tensions politiques

L’attaque contre M. Al-Kadhimi survient alors que l’Irak est traversé par de fortes tensions politiques liées aux élections législatives anticipées du 10 octobre. Depuis le scrutin, tous les partis négocient en coulisses la constitution de blocs parlementaires, la formation d’un gouvernement et, in fine, la désignation d’un premier ministre. M. Al-Kadhimi n’est pas officiellement candidat à sa succession, mais certains responsables politiques le voient comme un recours crédible au cas où aucune autre personnalité n’émergerait des tractations.

Le Hachd Al-Chaabi (« unités de la Mobilisation populaire »), une influente coalition d’anciens paramilitaires pro-iraniens, conteste avec véhémence les résultats du scrutin et accuse le premier ministre de « complicité » dans la « fraude » électorale qui a vu la déroute de sa vitrine politique, la coalition Al-Fatih (« la conquête »), lors des législatives du 10 octobre, selon des résultats préliminaires. Des partisans du Hachd Al-Chaabi ont lancé deux sit-in à deux entrées de la « zone verte » en signe de protestation contre les élections.

Des heurts ont mis aux prises plusieurs centaines de manifestants avec les forces de sécurité, vendredi. Selon une source sécuritaire, un manifestant est mort, tandis qu’une source au sein du Hachd Al-Chaabi a évoqué « deux morts ».

Le Hachd est désormais intégré à l’Etat irakien et une partie de la population l’accuse d’être le relais de l’Iran dans le pays. Elle lui attribue la responsabilité des assassinats et des enlèvements d’opposants au pouvoir qui se sont soulevés en octobre 2019.

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Malgré sa déroute électorale, le Hachd restera une force politique importante au Parlement, grâce au jeu des alliances et à la cooptation des élus indépendants. Toujours selon les résultats préliminaires, le courant sadriste – dirigé par M. Al-Sadr – a remporté les législatives, avec plus de 70 sièges sur les 329 que compte le Parlement. Les résultats définitifs du scrutin devraient être publiés d’ici quelques semaines.

Le Monde avec AFP

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