Le Tadjikistan, pays pivot du « milieu des empires »

Par Bruno Philip

Publié aujourd’hui à 15h37

Midi, à l’heure de la grande prière du vendredi dans la mosquée Haji Yakoub, située dans le centre de Douchanbé, la capitale du Tadjikistan. L’entrée de l’édifice en faïence bleu-vert est contrôlée par deux gros bras de la police en uniforme, coiffés de la casquette « pelle à tarte » héritée de la défunte URSS. Plusieurs policiers en civil, munis de brassards rouges, observent la foule des fidèles qui se pressent vers la salle des ablutions. Le tableau reflète une réalité bien spécifique à cette petite république d’Asie centrale d’une dizaine de millions d’habitants dont la culture et la langue sont associées à l’histoire du monde perse, et qui sont à 97 % musulmans : la religion du prophète Muhammad se pratique ici sous la surveillance pointilleuse du régime, aux aguets du moindre signe de « dérive » vers un islam politique.

Dans le prêche de l’imam – une fonction sous contrôle au Tadjikistan postsoviétique : les imams sont payés par l’Etat –, les mots « douchman » (« ennemis », en persan), « talibans » et « terroristes » reviennent en boucle. Ce vocabulaire se décline dans un contexte particulier lié au retour, à la mi-août, des talibans dans l’Afghanistan voisin. Situé au centre d’un carrefour d’influences où s’agitent de puissants voisins, le Tadjikistan vient d’être propulsé sur le devant de la scène géopolitique de cette région du « milieu des empires ». Il peut ainsi être amené à jouer un rôle crucial en ces temps d’instabilité qu’ont ravivés les nouveaux maîtres de Kaboul.

Engagé dans la lutte antidjihadiste

De tous les pays d’Asie centrale, le Tadjikistan est celui qui a adopté l’attitude la plus hostile à l’égard des ultrapuritains d’Afghanistan. Alors que la Russie cultive l’ambiguïté, que la Chine adopte une position résolument pragmatique et que l’Ouzbékistan et le Turkménistan ont décidé de s’ouvrir au régime taliban, le Tadjikistan ne cesse de brandir l’épouvantail du terrorisme, conséquence possible de la nouvelle donne politico-militaire chez son voisin méridional avec lequel il partage 1 300 kilomètres de frontière.

L’homme fort du pays, le président Emomali Rahmon, est particulièrement remonté contre les extrémistes afghans. A Douchanbé, alors qu’il accueillait à la mi-septembre le sommet annuel de l’Organisation de coopération de Shanghaï (instance régionale regroupant plusieurs républiques d’Asie centrale aux côtés de la Chine, la Russie, l’Inde, le Pakistan et l’Iran), M. Rahmon s’est emporté contre les talibans. Ces derniers, a-t-il accusé, ont « imposé une loi islamique médiévale ». « Au cours des deux ou trois prochaines années, s’est-il alarmé, l’idéologie extrémiste en Afghanistan se radicalisera, et la probabilité d’une expansion de ces idées destructrices dans les régions adjacentes augmentera. »

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