Les laissés-pour-compte de la transition verte écossaise

Des entrepôts vides, des amas de ferraille au bord de l’eau : entre Dundee et Edimbourg, le chantier naval de Methil, face à la mer du Nord, est tristement calme en ce début octobre. L’entreprise fut pourtant une référence en Ecosse jusqu’au milieu des années 2010, un spécialiste de la construction de plates-formes pétrolières, qui a entamé avec succès une reconversion dans les structures pour éoliennes en mer. Sa maison mère, BiFab, aujourd’hui disparue, possédait deux autres chantiers et employait jusqu’à 1 400 salariés à temps plein.

Après avoir été mis en faillite début 2021, puis racheté par l’italien InfraStrata, le chantier Methil vient de récupérer une petite commande (8 fondations d’éoliennes) pour l’énorme projet NnG (opéré par EDF), à seulement 15 kilomètres au large de Methil. « Le chantier naval est en train de recruter 290 personnes », précise, prudemment optimiste, David Alexander, conseiller municipal SNP (Parti national écossais, indépendantiste) et coleader du conseil de la région de Fife, où se trouve Methil. Mais « 85 % des fondations des éoliennes de NnG sont fabriquées en Indonésie, à l’autre bout de la terre. Elles devront être amenées sur des barges géantes, tournant au diesel, c’est absurde », regrette Peter Welsh, porte-parole du syndicat GMB Scotland (une des principales centrales du pays).

Erreurs et inaction

Pourquoi ce champion en puissance de la transition verte n’a-t-il pas su tirer profit de la multiplication des projets de ferme éolienne au large de l’Ecosse ? BiFab a joué de malchance, pâti d’erreurs de gestion mais aussi, à en croire les syndicats, de l’inaction des politiques, britanniques et écossais – la définition de la politique énergétique est réservée au gouvernement britannique, mais le gouvernement écossais dispose de compétences en matière de planification et de logement –, qui n’ont pas su préserver l’emploi local.

« Le patron de BiFab est mort en 2017, et personne d’aussi expérimenté n’a repris la suite, raconte Michael Sullivan, ex-représentant du syndicat GMB dans l’entreprise. BiFab a commencé à perdre des contrats face à des chantiers espagnols ou des Emirats, la société n’avait pas la taille ni le capital suffisants. Et elle était pénalisée en raison des consignes de sécurité bien plus strictes que sur les chantiers étrangers. Nous, on reportait un accident pour une coupure au doigt, en Arabie saoudite, pour un bras arraché. »

Les syndicats dénoncent des opérateurs de fermes éoliennes qui « font la course aux prix les plus bas », et des « pratiques d’esclavage moderne »

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